Vous venez de perdre un être cher. En plus du deuil, vous faites face à une réalité financière bien concrète : vous savez qu’un héritage vous est destiné, mais les semaines passent… et l’argent n’arrive pas. C’est une situation plus courante qu’on ne le croit, et elle peut créer une pression réelle sur votre budget, surtout si vous êtes à la retraite ou sur le point de l’être.
Cet article présente les principales raisons pouvant expliquer les délais liés au règlement d’une succession, les impacts financiers possibles de cette période d’attente ainsi que différentes pistes de réflexion pour préserver sa stabilité financière, selon sa situation.
Pourquoi une succession peut-elle prendre autant de temps ?
Au Québec, la liquidation d’une succession est un processus légal encadré par le Code civil. Même dans les cas les plus simples, il faut compter plusieurs mois. Dans des situations plus complexes — propriétés multiples, dettes à régler, héritiers en désaccord ou testament contesté — les délais peuvent s’étirer sur un an ou deux, voire davantage.
Les principales étapes qui expliquent ces délais sont la vérification ou l’homologation du testament, la nomination du liquidateur successoral, la réalisation de l’inventaire des biens, le délai légal accordé aux créanciers pour se manifester (six mois à compter de l’avis), la production des déclarations de revenus du défunt, et enfin le partage entre les héritiers.
Chacune de ces étapes peut dépendre d’instances extérieures — le fisc, les tribunaux, les institutions financières. Résultat : même avec la meilleure volonté du monde, le liquidateur ne peut pas toujours accélérer les choses.

Les impacts financiers concrets d’une succession en attente
Pour une personne retraitée ou en transition vers la retraite, une succession différée peut avoir des répercussions bien réelles. Vous aviez peut-être prévu d’utiliser cet héritage pour rembourser une dette, financer un projet ou simplement stabiliser votre plan de décaissement. Selon la situation financière, cette période d’attente peut nécessiter certains ajustements temporaires.
Il y a aussi les dépenses directement liées à la succession elle-même : frais notariaux, entretien d’un immeuble hérité, frais funéraires avancés. Dans certains cas, les héritiers doivent sortir de leur propre poche des sommes considérables avant même de recevoir quoi que ce soit de la succession.
Si vous êtes en début de retraite, cette période d’incertitude peut aussi perturber votre stratégie de décaissement. Un retrait exceptionnel d’un REER ou d’un FERR pour pallier un manque de liquidités, par exemple, peut avoir des conséquences fiscales non négligeables.
Cinq stratégies pour traverser cette période sans déséquilibrer votre plan
1. Révisez temporairement votre budget retraite
Avant de toucher à vos placements, faites le point sur vos dépenses courantes. Pouvez-vous réduire temporairement certains postes non essentiels — voyages, loisirs, achats importants — le temps que la succession se règle ? Avant d’effectuer des retraits pouvant avoir des conséquences fiscales, il peut être utile d’évaluer différentes options de gestion des liquidités selon sa situation.
2. Évitez les retraits précipités de vos régimes enregistrés
Puiser dans votre REER ou votre FERR avant d’en avoir réellement besoin peut augmenter votre revenu imposable de l’année et réduire les prestations liées à votre tranche de revenus. Selon la situation, différentes sources de liquidités, notamment le CELI, peuvent être évaluées afin de tenir compte de leurs incidences fiscales et financières.
3. Consultez votre planificateur financier dès le début
Ne gérez pas cette période seul. Un conseiller peut accompagner cette réflexion en évaluant l’impact de la succession sur la planification de la retraite, le revenu imposable et les différentes sources de liquidités pouvant être envisagées selon la situation. Plus tôt vous l’impliquez, plus vous avez de marge de manœuvre.
4. Assurez-vous d’une bonne communication avec le liquidateur
Le liquidateur a l’obligation légale de tenir les héritiers informés de l’avancement de la succession. N’hésitez pas à demander des mises à jour régulières et à obtenir une estimation du calendrier. En présence de désaccords entre héritiers, différents mécanismes de règlement, dont la médiation, peuvent être envisagés selon les circonstances.
5. Anticipez l’impact de l’héritage sur votre planification
La réception d’un héritage peut constituer un moment approprié pour réévaluer sa planification financière selon sa situation et ses objectifs. Un immeuble à gérer, un portefeuille de placements à intégrer, des droits de succession à anticiper : ces éléments méritent une réflexion sérieuse avec un professionnel avant même que l’argent arrive.

Et si l’attente devient vraiment problématique ?
Dans certains cas, la période d’attente dépasse ce qui est raisonnablement gérable — que ce soit en raison de la durée du processus, de dépenses urgentes à couvrir, ou d’une situation financière tendue.
Pour les héritiers qui font face à cette réalité aux États-Unis, il existe une solution spécifique qui mérite d’être mentionnée : l’avance sur héritage (inheritance advance). Ce type de service permet, selon les règles applicables aux États-Unis, à certains héritiers de recevoir une avance sur une partie de leur part successorale avant la clôture de la succession.
Probate Advance, par exemple, est une entreprise américaine spécialisée dans ce type de financement. Son Guide complet du processus successoral explique en détail les étapes du probate aux États-Unis, les causes fréquentes de délais, et comment une avance sur héritage peut constituer une option pour les héritiers dans l’attente. Contrairement à un prêt traditionnel, ce type d’avance n’implique pas de vérification de crédit : c’est la succession elle-même qui rembourse directement le montant avancé à la clôture.
Il est important de noter que ce mécanisme est propre au système juridique américain et ne s’applique pas directement au contexte québécois. Cependant, pour les personnes ayant des liens avec une succession aux États-Unis — ce qui n’est pas rare dans un contexte de mobilité internationale — pour les personnes concernées par une succession aux États-Unis, il peut être utile de connaître l’existence de ce type de mécanisme, qui demeure propre au système juridique américain
En résumé, l’attente, ça se planifie aussi
Une succession en cours représente une période de transition pouvant avoir des répercussions financières temporaires. Une révision du budget, une évaluation des incidences fiscales et une planification financière adaptée peuvent contribuer à mieux gérer cette période selon la situation. Une fois l’héritage reçu, il peut également être pertinent de réévaluer son plan de retraite et l’intégration des nouveaux actifs afin qu’ils s’inscrivent de façon cohérente dans la planification financière globale.


