Le plan de décaissement pour la retraite consiste à organiser les retraits provenant des différentes sources de revenus afin de tenir compte des besoins financiers, de la fiscalité et des objectifs de retraite. Cet article présente les principaux éléments à considérer lors de l’élaboration d’une stratégie de décaissement.
Qu’est‑ce qu’un plan de décaissement pour la retraite ?
Un plan de décaissement pour la retraite, c’est une feuille de route financière qui détermine quand, combien et dans quel ordre retirer vos revenus de retraite. Il prend en compte toutes vos sources de revenus :
- comptes enregistrés (REER, FERR, CELI),
- comptes non enregistrés,
- prestations gouvernementales (RRQ, PSV),
- pensions d’employeur,
- revenus de placements.
Ce plan tient compte notamment des incidences fiscales, des différentes sources de revenus, de la durée prévue de la retraite et des besoins financiers propres à chaque situation.
Un plan de décaissement peut notamment comprendre les éléments suivants :
Le plan de décaissement vise à coordonner les différentes sources de revenus avec les règles fiscales applicables et les besoins financiers propres à chaque personne.

L’impact fiscal d’un décaissement mal planifié
Un mauvais plan de décaissement peut coûter cher. Voici ce que vous risquez :
- Hausse d’impôt: Vos retraits vous propulsent dans un palier d’imposition plus élevé.
- Perte de la PSV: Vos revenus excèdent le seuil, vos prestations sont récupérées.
- Moins de flexibilité: Vous limitez vos options pour les imprévus futurs.
- Épuisement du capital: Votre épargne fond trop vite, surtout si les marchés chutent.
- Facture salée au décès: Vos héritiers paient l’impôt sur un REER non décaisé.
- Prestations mal coordonnées: Vous manquez d’optimiser la RRQ ou la PSV.
- Frais inutiles: Mauvais timing = frais de gestion et ventes défavorables.
Les fondations de votre plan de décaissement
L’élaboration d’un plan de décaissement repose notamment sur une évaluation des besoins financiers, des sources de revenus et des objectifs de retraite. Cette section vous guide à travers la fondation de base pour établir une stratégie claire et personnalisée.
1. Évaluez vos besoins en revenu à la retraite
Un plan de décaissement pour la retraite commence toujours par une question simple : combien d’argent vous faut-il chaque mois pour vivre confortablement à la retraite ? Cette section vous aide à faire le point sur vos dépenses et à bâtir une base réaliste.
Avant de penser aux comptes à utiliser, il faut d’abord estimer combien vous devez retirer chaque année. Cette première étape est essentielle à la réussite de votre plan de décaissement pour la retraite.
Exemple de tableau mensuel de dépenses à la retraite
| Type de dépense | Montant mensuel estimé |
|---|---|
| Logement | 1 200 $ |
| Alimentation | 600 $ |
| Soins de santé | 300 $ |
| Transport | 250 $ |
| Loisirs et voyages | 400 $ |
| Autres (imprévus, etc.) | 250 $ |
| Total | 3 000 $ |
L’inflation constitue un élément pouvant être pris en considération lors de l’évaluation des besoins financiers à long terme.
2. Faites l’inventaire de vos sources de revenus
Une fois les besoins clairs, il faut recenser toutes les sources de revenus disponibles à la retraite.
- Régimes publics : RRQ, RPC, PSV, SRG; imposables, mais modulables (notamment le moment de début).
- Régimes enregistrés : REER, FERR, CRI, FRV, imposables au retrait.
- Pensions d’employeur : rentes à prestations déterminées ou cotisations déterminées varient selon le contrat.
- Comptes non enregistrés : CELI (non imposable), comptes personnels (imposables selon les gains).
- Revenus d’investissement ou immobilier : loyers, dividendes, intérêts, à planifier selon la fiscalité et les fluctuations.
La fiscalité propre à chacune des sources de revenus peut être prise en considération lors de l’élaboration d’un plan de décaissement.
La gestion des placements peut également être prise en considération afin de maintenir une cohérence entre les stratégies de placement et les retraits effectués.
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Les étapes pour structurer votre plan de décaissement
Passons à la mise en œuvre concrète. Voici comment transformer vos revenus en un flux de trésorerie stable et fiscalement avantageux grâce à un plan de décaissement pour la retraite structuré.
1. Déterminez votre taux de retrait sécuritaire
Le taux de retrait est le pourcentage de votre portefeuille que vous pouvez retirer chaque année sans risquer d’épuiser vos fonds trop tôt.
La règle des 4 % est une méthode simple qui consiste à retirer 4 % de vos avoirs la première année, puis à ajuster selon l’inflation. Utile comme point de départ, mais peu adaptée aux régimes fiscaux complexes comme au Québec.
Le taux de retrait retenu peut varier selon l’âge, les objectifs, les placements et la situation financière. Il s’adapte à votre âge, au rendement des placements, à votre tolérance au risque, et au moment où vous commencez vos retraits. Par exemple, un taux de 3,5 % pour une personne de 65 ans ayant une espérance de vie de 95 ans pourrait être plus prudent.
2. L’ordre optimal des retraits
L’ordre dans lequel vous retirez vos fonds a un impact direct sur l’impôt à payer. Un bon plan de décaissement pour la retraite doit tenir compte de cet ordre.
- Commencez par les comptes non enregistrés, car leurs gains en capital sont partiellement imposés.
- Utilisez ensuite le CELI, dont les retraits sont entièrement non imposables.
- Gardez les REER/FERR pour la fin, car ils sont imposés à 100 % au retrait.
Cas pratique
Julie, 65 ans, a besoin de 2 500 $/mois. Elle combine 1 000 $ de sa rente d’employeur, 500 $ du CELI, et 1 000 $ du REER. Cette répartition illustre comment différentes sources de revenus peuvent être combinées selon un scénario donné. Les résultats réels varient selon la situation fiscale de chaque personne.

3. Planifiez la conversion du REER en FERR
À 71 ans, vous devez obligatoirement convertir votre REER en FERR (ou en rente). Voici les étapes à suivre, avec des exemples concrets :
- Respectez la date limite: Avant le 31 décembre de l’année de vos 71 ans, convertissez votre REER. Par exemple, si vous avez 71 ans en 2025, vous devez faire la conversion avant le 31 décembre 2025.
- Comprenez les retraits minimums: Une fois le REER converti en FERR, un retrait minimum annuel est obligatoire. Par exemple :
- À 72 ans, le pourcentage minimum est de 5,40 %.
- Si votre FERR vaut 200 000 $, vous devrez retirer au moins 10 800 $ cette année-là.
Ce montant est imposable.
- Faites des retraits partiels avant 71 ans: Retirer un peu chaque année à partir de 65 ans peut être fiscalement avantageux. Par Exemplee:
- Si vous retirez 8 000 $ par année de 65 à 70 ans, vous réduisez le solde de votre REER tout en restant dans une tranche d’imposition plus basse, surtout si vous n’avez plus de revenu d’emploi.
- Cela peut aussi éviter une récupération de la PSV si votre revenu annuel dépasse 86 912 $ (seuil 2025).
- Optimisez selon votre situation: Chaque année, analysez :
- Votre revenu global,
- Le seuil de récupération du SRG ou de la PSV,
- Vos besoins réels en liquidités. Ces éléments peuvent être pris en considération afin d’évaluer différentes stratégies de décaissement.
4. Optimisez les prestations gouvernementales
Le moment où vous commencez à recevoir la RRQ, la PSV ou le SRG influence directement votre revenu net à la retraite. Prendre la RRQ ou la PSV dès 60 ans réduit vos montants (jusqu’à –36 %), tandis que retarder jusqu’à 70 ans peut les augmenter de 36 à 42 %. Pour le SRG, un revenu imposable trop élevé peut entraîner une récupération partielle ou totale. Le moment choisi pour demander les prestations gouvernementales peut avoir une incidence sur les revenus et la fiscalité selon la situation de chacun.
Étapes à suivre :
- Choisissez le bon moment : Reporter la RRQ jusqu’à 70 ans augmente votre pension de 0,7 % par mois de report, soit 42 % de plus à long terme comparé à une demande à 65 ans.
- Évitez la récupération du SRG : Gardez votre revenu imposable sous 21 624 $ (seuil 2025 pour une personne seule) pour bénéficier du SRG en totalité.
- Retirez stratégiquement de vos placements : Entre 60 et 70 ans, effectuez des retraits modérés de votre REER (ex. 10 000 $/an) pour réduire les montants obligatoires après 71 ans, tout en gardant un revenu bas durant les années où vous toucherez le SRG.
5. Minimisez les impôts
Le plan de décaissement peut tenir compte des incidences fiscales afin d’évaluer différentes stratégies de retrait. Le fractionnement du revenu entre conjoints, les retraits partiels et l’utilisation stratégique du CELI sont des leviers essentiels pour éviter de grimper dans des tranches d’imposition plus élevées.
Comment faire ?
- Fractionnez le revenu entre conjoints : Transférez une partie des revenus imposables au conjoint ayant le revenu le plus faible (plus de 65 ans) pour réduire l’impôt global du couple.
- Des retraits partiels avant 71 ans peuvent être envisagés selon la situation financière et fiscale de chaque personne.
- Utilisez le CELI comme abri fiscal : Placez-y une partie de vos économies pour générer un revenu de retraite non imposable, ce qui allège la facture fiscale globale.
Comparaison de deux stratégies
| Stratégie | Impôt total sur 10 ans | Revenu net annuel moyen |
| Sans stratégie optimisée | 86 000 $ | 33 500 $ |
| Plan de décaissement structuré | 66 000 $ | 35 200 $ |
Outils à utiliser pour simuler votre plan
Un bon point de départ est d’utiliser un calculateur pour décaissement à la retraite gratuit pour simuler différentes options.
Quelques outils utiles :
- Calculateur de REER et retenues d’impôt– pour estimer vos retraits de REER/FERR.
- Calculateur de retraite de Québec – pour estimer vos besoins et revenus annuels à la retraite.
Pour aller plus loin, un logiciel de décaissement retraite professionnel (comme Snap Projections ou Conquest Planning, utilisés par les conseillers) permet de modéliser des scénarios complexes et de simuler l’effet d’événements comme un décès, un changement de dépenses ou une baisse de marché.
Différents outils de simulation peuvent être utilisés afin d’évaluer plusieurs scénarios de décaissement selon la situation financière.
Exemple d’un plan de décaissement retraite : le cas de Julie
Pour mieux illustrer l’impact concret d’une bonne planification, voici un exemple d’un plan de décaissement retraite basé sur un scénario réaliste.
1. Le profil de Julie
Julie a 63 ans. Elle prévoit prendre sa retraite dans les prochains mois. Voici un aperçu de sa situation financière :
- REER : 300 000 $
- CELI : 60 000 $
- Rente d’employeur garantie : 900 $ par mois
- Aucune dette
- Dépenses estimées à la retraite : 3 500 $ par mois
- Elle est en bonne santé et souhaite reporter sa RRQ le plus tard possible.
2. Stratégie mise en place
Dans cet exemple, Julie met en place une stratégie de décaissement visant à coordonner ses différentes sources de revenus selon sa situation financière.
- Âge 63 à 70 :
- Retraits mensuels modérés de son REER (environ 1 400 $/mois), suffisamment pour couvrir une partie de ses besoins sans trop augmenter son revenu imposable.
- Utilisation ponctuelle du CELI pour financer les dépenses variables (voyages, rénovations).
- Sa pension d’employeur et le CELI complètent ses revenus sans créer de pression fiscale.
- Âge 70 :
- Début des versements de la RRQ, augmentés d’environ 42 % grâce au report.
- Réduction progressive des retraits du REER (le solde ayant baissé à environ 150 000 $), donc moins d’impôt à payer.
- Le CELI continue à servir de coussin en cas de besoins imprévus.
- À partir de 72 ans :
- Conversion obligatoire du REER en FERR, mais les retraits obligatoires sont désormais mieux équilibrés grâce à la structure mise en place plus tôt.
3. Résultat comparatif
| Stratégie | Total d’impôt payé (63 à 73 ans) | Revenu annuel net moyen | Montant de RRQ annuel à 70 ans |
|---|---|---|---|
| Sans plan | 86 000 $ | 33 500 $ | 9 000 $ |
| Avec plan | 66 000 $ | 35 200 $ | 12 800 $ |
Cet exemple illustre comment différentes stratégies de décaissement peuvent produire des résultats différents selon les hypothèses retenues et la situation financière.
Besoin d’aide pour établir un bon plan de décaissement?
Découvrez les stratégies de décaissement abordées lors de nos conférences éducatives sur la retraite.
Conseils pratiques pour réussir son plan de décaissement
Au-delà des chiffres et des stratégies, la réussite d’un plan de décaissement pour la retraite repose aussi sur des habitudes et des réflexes simples, mais efficaces. Voici quelques conseils pour garder le cap.
1. Révisez votre plan chaque année
Vos besoins et vos revenus évoluent : nouvelles dépenses, changement de rendement, ajustement des prestations publiques. Une révision périodique du plan de décaissement peut être envisagée afin de tenir compte de l’évolution de la situation financière.
2. Prévoyez une marge pour les imprévus
Un fonds d’urgence à la retraite est essentiel. Certaines personnes choisissent de conserver une réserve de liquidités afin de faire face à des dépenses imprévues. Cela vous protège en cas de soins de santé coûteux, de rénovations majeures ou d’un soutien à un proche.
3. Faites appel à un conseiller financier
Une analyse professionnelle peut permettre d’évaluer différents scénarios de décaissement et leurs incidences financières et fiscales.
Astuce : un plan bien accompagné vous permet aussi d’évaluer l’impact des frais de gestion des placements, qui peuvent gruger vos revenus nets si vous n’y portez pas attention.
4. Simulez différents scénarios
Il peut être pertinent d’évaluer différents scénarios afin de mesurer l’incidence de la longévité, des marchés financiers ou de l’inflation. Utilisez un calculateur pour décaissement à la retraite ou un logiciel de décaissement retraite pour visualiser l’impact.
5. Ne sous-estimez pas l’impact psychologique
La retraite, ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est une transition de vie. Une planification structurée permet d’évaluer plus facilement les différentes options selon l’évolution de la situation.
Conclusion
Le plan de décaissement constitue un élément important de la planification de la retraite. Il permet d’évaluer différentes stratégies de retrait en fonction des besoins financiers, de la fiscalité et des objectifs de chaque personne. En structurant vos retraits selon vos besoins réels, les règles fiscales et vos objectifs de vie, vous mettez toutes les chances de votre côté pour une retraite durable.
Le plan de décaissement peut être révisé périodiquement afin de tenir compte de l’évolution de la situation financière, familiale ou fiscale.


