La planification patrimoniale et successorale en 7 étapes

La planification patrimoniale et successorale regroupe l’ensemble des démarches permettant d’organiser la gestion, la protection et la transmission du patrimoine. Cet article présente les principales étapes, les outils juridiques et les éléments fiscaux pouvant être pris en considération selon les règles applicables au Québec. 

Qu’est-ce que la planification patrimoniale et successorale ?

La planification patrimoniale et successorale désigne l’ensemble des démarches juridiques, financières et humaines qui visent à organiser la gestion, la protection et le transfert de votre patrimoine, de votre vivant et après votre décès. Elle permet notamment de déterminer qui héritera de vos biens, comment ces biens seront distribués, et qui prendra les décisions à votre place si vous devenez inapte.

Cette planification vise plusieurs objectifs :

  • Réduire les conflits familiaux
  • Protéger vos proches
  • Minimiser les impacts fiscaux et
  • Préserver la valeur de votre patrimoine dans le temps.

Peu importe la taille de votre patrimoine, un plan bien structuré vous apporte paix d’esprit et sécurité.

homme âgé avec petit-fils dans un parc pense à la planification patrimoniale et successorale pour sa famille

Conséquences d’une mauvaise planification (ou d’absence de plan)

  • Vos proches devront passer par des procédures longues et coûteuses (homologation, tutelle, curatelle…).
  • Les biens peuvent être distribués de manière injuste ou imprévue.
  • L’impôt à payer peut être plus élevé, réduisant l’héritage.
  • Des conflits familiaux risquent de surgir, parfois pour des détails ou des malentendus.
  • En cas d’inaptitude, c’est le tribunal qui décidera qui agira pour vous, pas vous.

Même lorsque le patrimoine est de valeur modeste, une planification peut permettre de mieux comprendre les démarches applicables et d’organiser la transmission des biens selon les volontés exprimées. 

Étapes pour bâtir votre planification patrimoniale et successorale

Voici les premières étapes à suivre pour bâtir une planification patrimoniale et successorale solide. En les mettant en place dès maintenant, vous éviterez bien des complications pour vous et vos proches.

1. Faites l’inventaire de votre patrimoine

Avant de prendre des décisions, commencez par dresser la liste de tous vos actifs et passifs. Cela inclut vos biens immobiliers, comptes bancaires, placements, véhicules, régimes enregistrés (comme votre REER ou votre CELI), polices d’assurance, dettes personnelles et crédits.

Exemple : une maison à Sherbrooke, un CELI de 25 000 $, une carte de crédit de 3 000 $, une assurance vie de 100 000 $.

Pourquoi c’est important

Sans un portrait clair de votre situation, il est difficile de prendre de bonnes décisions ou d’éviter que certains éléments soient oubliés ou mal transmis.

Comment faire

  • Prenez un carnet ou ouvrez une feuille Excel.
  • Listez vos biens : résidence principale, chalet, véhicules, œuvres d’art, bijoux, etc.
  • Ajoutez vos comptes financiers : CELI, REER, comptes non enregistrés, placements, comptes bancaires.
  • Notez vos polices d’assurance (vie, invalidité, etc.) avec leur montant et leurs bénéficiaires.
  • Indiquez vos dettes : hypothèque, prêts auto, cartes de crédit, prêt étudiant.
  • N’oubliez pas les actifs numériques comme les comptes en ligne, photos, abonnements, crypto-actifs, etc. Pensez à les inclure dans votre planification, avec une liste d’accès claire et des directives sur leur gestion.

Il existe différents modèles d’inventaire du patrimoine pouvant être utilisés afin de dresser un portrait des actifs et des passifs. 

2. Clarifiez vos objectifs successoraux

Posez-vous les bonnes questions en rapport de votre planification patrimoniale et successorale :

  • Souhaitez-vous transmettre vos biens à vos enfants également ?
  • Soutenir votre conjoint ?
  • Laisser un legs à une fondation ou un organisme ?
  • Prévoir une réserve pour un proche en situation de handicap ?

Vos objectifs doivent refléter vos valeurs, votre contexte familial et vos intentions fiscales.

Pourquoi c’est important

Sans objectifs précis, vous risquez de laisser des zones floues qui peuvent mener à des conflits ou à une mauvaise répartition des biens.

Comment faire

  • Réfléchissez à qui vous voulez protéger en priorité : votre conjoint, vos enfants, un enfant en situation de handicap, un ami proche ?
  • Identifiez si vous souhaitez faire des dons planifiés à un organisme ou une fondation.
  • Pensez à vos valeurs : voulez-vous favoriser l’équité entre vos enfants ou la reconnaissance d’un proche aidant ?
  • Notez le tout dans un court document de réflexion ou un mémo à transmettre à votre notaire ou conseiller.

Au Québec, les règles applicables aux conjoints de fait diffèrent de celles des conjoints mariés. En l’absence de testament, la dévolution des biens est déterminée par les dispositions prévues au Code civil du Québec. 

3. Choisissez vos représentants et bénéficiaires

Il ne suffit pas de savoir à qui vous laissez vos biens. Il faut aussi choisir qui gérera votre succession et vos affaires personnelles en cas d’incapacité. Cela inclut :

  • Le liquidateur de votre succession (celui qui exécute le testament)
  • Le mandataire (celui qui vous représente en cas d’inaptitude)
  • Vos bénéficiaires directs (héritiers, conjoint, enfants, etc.)

Selon la situation, une personne remplaçante peut également être désignée afin d’assurer la continuité des responsabilités prévues. 

Pourquoi c’est important

Une mauvaise désignation, ou l’absence de désignation, peut bloquer tout le processus ou donner lieu à des tensions familiales majeures.

Comment faire

  • Désignez un liquidateur (exécuteur testamentaire) — idéalement quelqu’un d’organisé, fiable et à qui vous faites confiance. Il peut être un membre de la famille ou un professionnel (notaire, avocat, fiduciaire).
  • Choisissez un mandataire dans votre mandat de protection, la personne qui prendra soin de vous si vous devenez inapte. Assurez-vous qu’elle comprend bien vos valeurs.
  • Identifiez vos bénéficiaires pour chaque actif : testament, assurances, régimes enregistrés (REER/CELI).
  • Ajoutez un remplaçant pour chaque rôle, au cas où la personne désignée ne puisse ou ne veuille plus assumer la responsabilité.

Il peut être utile d’informer les personnes désignées afin qu’elles comprennent les responsabilités qui pourraient leur être confiées. 

4. Préparez les bons documents légaux

C’est ici que la planification patrimoniale et successorale devient concrète. Il vous faut :

  • Un testament : pour exprimer vos volontés après votre décès.
  • Un mandat de protection : pour déterminer qui prendra des décisions pour vous si vous devenez inapte.
  • Une procuration : pour permettre à quelqu’un de gérer vos finances de votre vivant.
  • Des directives médicales anticipées : pour indiquer vos préférences en matière de soins de santé.

On confond souvent ces documents. Retenez : le testament agit après le décès, le mandat pendant l’inaptitude, la procuration pendant que vous êtes encore apte.

Pourquoi c’est important

Sans documents clairs et valides, c’est la loi et parfois le tribunal qui décidera à votre place. Et cela peut être long, coûteux et contraire à vos souhaits.

Comment faire

  • Prenez rendez-vous avec un notaire: c’est le professionnel le mieux outillé pour rédiger ces documents au Québec.
  • Préparez votre testament notarié : simple, clair, sans nécessité d’être validé par le tribunal.
  • Demandez un mandat de protection notarié: il précise qui vous représentera si vous devenez inapte et comment.
  • Demandez à inclure une procuration (mandat en cas d’absence) si vous voyagez souvent ou pour faciliter la gestion de vos finances.
  • Discutez de directives médicales anticipées, souvent intégrées dans le mandat ou à part.

Les documents juridiques peuvent être préparés avec l’aide d’un professionnel afin de tenir compte des règles applicables et de la situation personnelle. 

Besoin d’aide pour bâtir votre plan patrimonial ?

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5. Intégrez une stratégie d’assurance et de fiscalité

Une bonne planification patrimoniale et successorale ne s’arrête pas à la rédaction des documents. Elle doit aussi tenir compte de la fiscalité du patrimoine, particulièrement au moment du décès. Au Québec, les biens ne sont pas directement imposés à la succession, mais certains actifs (comme les REER) peuvent générer une imposition à la retraite ou au décès.

Exemple : souscrire une assurance vie équivalente à l’impôt estimé sur vos REER pour éviter que vos héritiers ne doivent vendre des biens rapidement.

Pourquoi c’est important

Cela évite que vos héritiers se retrouvent avec une facture fiscale imprévue ou une obligation de liquider des actifs précieux.

Comment faire

  • Demandez une évaluation de votre situation fiscale au décès à un conseiller financier ou fiscaliste.
  • Calculez l’impôt à payer sur les REER, les gains en capital latents, ou la résidence secondaire.
  • Souscrivez une assurance vie permanente (pas temporaire) pour couvrir ces montants.
  • Parlez à un spécialiste de la planification fiscale : pour voir si un gel successoral, une fiducie ou un don planifié pourraient réduire l’impôt.
  • Révisez la désignation des bénéficiaires de vos assurances et régimes enregistrés.

Selon la situation, une analyse professionnelle peut permettre d’évaluer les incidences financières, fiscales et successorales des différentes options. 

6. Révisez régulièrement votre plan

Votre situation évolue, et votre planification patrimoniale et successorale doit suivre. Voici quelques moments où une révision s’impose :

  • Mariage ou divorce
  • Naissance ou décès dans la famille
  • Changement important de revenus ou de patrimoine
  • Modification des lois fiscales ou successorales
  • Acquisition ou vente de biens importants

Pourquoi c’est important :

Un plan obsolète peut créer de la confusion, devenir invalide ou ne plus correspondre à votre situation réelle.

Comment faire :

  • Programmez une révision annuelle ou bisannuelle avec votre notaire ou conseiller.
  • Révisez après chaque événement majeur : mariage, divorce, naissance, décès, héritage reçu, déménagement.
  • Vérifiez :
  • Que vos documents sont à jour.
  • Que vos représentants sont toujours valides et disponibles.
  • Que vos objectifs n’ont pas changé.

Une révision périodique de la planification peut être envisagée afin de tenir compte de l’évolution de la situation personnelle, familiale ou financière. 

Planification Patrimoniale et Successorale

outils POUR utiliser pour réussir sa planification patrimoniale et successorale

Après avoir posé les bases de votre plan, il est essentiel de connaître les outils concrets qui vous permettront de le solidifier légalement et financièrement.

Le testament

Votre testament est l’outil principal pour indiquer comment répartir vos biens à votre décès. Sans testament, c’est la loi qui détermine qui hérite… et ce n’est pas toujours conforme à vos intentions. Il peut être :

  • Notarié : le plus sécuritaire, reconnu sans validation judiciaire.
  • Olographe : écrit à la main par vous, sans témoin.
  • Devant témoins : dactylographié et signé en présence de deux témoins.

Le testament notarié présente certaines particularités prévues par la loi, notamment quant à sa conservation et à son utilisation lors du règlement de la succession. 

Exemple : si vous souhaitez que votre chalet familial revienne à un enfant en particulier, seul un testament bien rédigé permet d’éviter un partage automatique entre tous les héritiers.

Le mandat de protection

Le mandat de protection vous permet de désigner une ou plusieurs personnes pour prendre soin de vous, gérer vos finances et prendre des décisions médicales si vous perdez vos capacités mentales ou physiques. Sans ce mandat, le Curateur public ou un proche devra entamer des démarches judiciaires pour obtenir le droit de vous représenter.

On y inclut généralement :

  • Une procuration pour les affaires financières
  • Des directives anticipées pour les soins médicaux
  • La désignation d’un mandataire pour prendre les décisions en votre nom

Avant d’entrer en vigueur, le mandat doit être homologué par la cour, c’est-à-dire validé officiellement par un juge une fois que l’inaptitude est confirmée. L’homologation permet de rendre le mandat applicable conformément aux règles prévues par la loi. 

L’assurance retraite

L’assurance retraite peut faire partie des différents outils pris en considération dans une planification patrimoniale et successorale. Elle permet d’éviter que les obligations fiscales ou médicales réduisent la valeur réelle transmise à vos proches. De plus :

  • Couvrir les frais d’impôt au décès (comme les REER imposables)
  • Fournir un capital libre d’impôt à vos proches
  • Financer des soins de longue durée en fin de vie

Exemple : une assurance vie permanente de 150 000 $ peut servir à régler l’impôt latent sur vos placements, évitant que vos héritiers aient à liquider des actifs rapidement.

Les outils fiscaux à intégrer

La planification patrimoniale et successorale peut également tenir compte des incidences fiscales associées à la transmission du patrimoine, selon les règles applicables et la situation de chaque personne. Voici quelques leviers utiles :

  • Gel successoral : pour figer la valeur des actifs et transférer la croissance à vos héritiers
  • Dons planifiés : à des organismes de bienfaisance pour réduire l’impôt
  • Fiducies : pour contrôler la transmission sur plusieurs générations
  • Fractionnement du revenu : pour réduire l’impôt à la retraite

Par exemple, un retrait graduel du REER après 65 ans peut permettre un fractionnement avec votre conjoint, réduisant ainsi l’impôt à la retraite.

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FAQ

Réponses aux questions fréquentes sur la planification patrimoniale et successorale. Besoin des réponses personalisés ?

Non, mais vous devriez vous assurer que vos bénéficiaires sont bien désignés dans les contrats. Le testament peut en faire mention pour éviter les confusions.

Oui, c’est possible et parfois recommandé. Vous pouvez aussi nommer un remplaçant en cas d’indisponibilité.

Dès que vous avez des biens ou des personnes à protéger. Même à 30 ans, un mandat de protection peut être utile.

Ce n’est pas obligatoire, mais fortement conseillé pour éviter les surprises ou malentendus lors de l’exécution du plan.

Conclusion

La planification patrimoniale et successorale regroupe différents outils juridiques, fiscaux et financiers permettant d’organiser la transmission du patrimoine selon les volontés exprimées et les règles applicables au Québec. Elle peut être révisée périodiquement afin de tenir compte de l’évolution de la situation personnelle, familiale et patrimoniale. 

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