Retirer son épargne retraite : ordre et stratégies en 2026

La plupart des Québécois savent épargner pour la retraite. Mais retirer épargne retraite au bon moment, dans le bon ordre et depuis les bons comptes, c’est une autre histoire. Une mauvaise stratégie de décaissement peut coûter des dizaines de milliers de dollars en impôt inutile, réduire vos prestations gouvernementales ou épuiser votre capital prématurément. Ce guide vous explique exactement comment structurer vos retraits en 2026 pour payer moins d’impôt à l’ARC et à Revenu Québec, maximiser vos prestations et faire durer votre argent.

Les comptes que vous avez à la retraite, et leur impact fiscal

Avant de planifier votre stratégie de décaissement retraite, il est essentiel de comprendre que chaque type de fonds de retraite génère un impact fiscal différent au moment du retrait. Ce tableau résume l’essentiel :

CompteImposition au retraitFlexibilitéImpact sur PSV / SRG
REER100 % imposableFaibleOui — augmente le revenu net
FERR100 % imposable + minimum obligatoireFaibleOui — augmente le revenu net
CELIAucuneTotaleNon — n’affecte pas le revenu net
Compte non enregistréGains en capital seulementTotalePartiel
RPA / fonds de pension100 % imposable (rente)NulleOui
RRQ100 % imposableFlexible (60–70 ans)Oui
PSV100 % imposableFlexible (65–70 ans)Récupérée si revenu > 97 979 $

La clé est simple

L’ordre idéal pour retirer son épargne retraite: étape par étape

Il n’existe pas qu’une seule bonne réponse, chaque situation est unique. Mais pour la majorité des retraités québécois, voici l’ordre généralement optimal pour retirer épargne retraite de façon fiscalement efficace.

Retirer son épargne retraite

Étape 1: Commencer par les comptes non enregistrés

Les comptes non enregistrés ne bénéficient d’aucune croissance à l’abri de l’impôt. Il est donc logique d’en retirer les fonds en premier, avant de toucher à votre REER ou votre FERR, pour libérer ce capital pendant qu’il génère encore des revenus imposables annuellement. Seuls les gains en capital sont imposés, et seulement à 50 %, ce qui en fait la source de retrait la moins coûteuse fiscalement.

Étape 2: Retirer stratégiquement du REER avant 71 ans

C’est l’une des décisions les plus importantes de votre stratégie de décaissement à la retraite. À 71 ans, votre REER se convertit automatiquement en FERR — et des retraits minimums obligatoires s’appliquent dès lors, peu importe vos besoins réels.

En 2026, le taux de retrait minimum FERR est de 5,28 % à 72 ans et monte à 6,82 % à 80 ans. Sur un FERR de 500 000 $, cela représente des retraits forcés de 26 400 $ à 34 100 $ par année — qui s’ajoutent à tous vos autres revenus imposables. En commençant à retirer du REER progressivement dès 65 ans, vous réduisez ce solde de façon contrôlée, lissez votre impôt sur plusieurs années et préservez vos prestations gouvernementales.

Exemple : Un REER de 400 000 $ retiré sans stratégie génère un FERR de 400 000 $ à 71 ans avec des retraits minimums de 21 120 $/an dès la première année. En retirant 15 000 $/an entre 65 et 71 ans, le solde tombe à 310 000 $ — et les retraits minimums à 16 368 $/an.

Notez qu’une retenue à la source s’applique automatiquement sur chaque retrait REER : 10 % pour les montants sous 5 000 $, 20 % entre 5 001 $ et 15 000 $, et 30 % au-delà. Cette retenue est un acompte, l’impôt final est ajusté lors de votre déclaration annuelle à l’ARC et à Revenu Québec.

En 2026, voici les taux marginaux combinés applicables au Québec pour orienter votre stratégie de retrait :

Revenu net imposableTaux marginal combiné (QC + fédéral)
17 000 $ – 51 780 $~27 %
51 780 $ – 103 545 $~40 %
103 545 $ – 111 733 $~45 %
111 733 $ et plus~53 %

Étape 3: Utiliser le CELI pour combler sans impôt

Le retrait CELI est l’outil le plus puissant pour gérer votre revenu net à la retraite. Les retraits ne s’ajoutent jamais au revenu imposable, ce qui signifie qu’ils n’affectent pas la PSV, le SRG, ni les crédits d’impôt basés sur le revenu à l’ARC ou à Revenu Québec.

En 2026, les droits de cotisation cumulatifs au CELI atteignent 95 000 $ pour une personne admissible depuis 2009. Utilisez le CELI pour compléter vos retraits REER ou FERR les années où votre revenu imposable risque de dépasser le seuil PSV de 97 979 $, plutôt que d’augmenter vos retraits imposables.

Étape 4: Optimiser le moment de la RRQ

Le retrait RRQ est flexible, vous pouvez le réclamer entre 60 et 70 ans. Chaque année de report augmente votre rente d’environ 7,2 % au-delà de 65 ans. Voici l’impact réel sur votre revenu de retraite :

Âge de réclamationRente mensuelle estiméeCumul sur 20 ans
60 ans700 $168 000 $
65 ans1 000 $240 000 $
70 ans1 420 $340 800 $

Si vous avez d’autres sources de revenu pour couvrir vos besoins immédiats (CELI, compte non enregistré), retarder la RRQ jusqu’à 65 ou 70 ans maximise vos prestations à vie auprès de Retraite Québec.

Étape 5: Coordonner PSV, SRG et revenu net

La PSV est sujette à un impôt de récupération (clawback) dès que votre revenu net dépasse 97 979 $ en 2026, à raison de 15 cents récupérés par dollar au-dessus du seuil. Le Supplément de revenu garanti (SRG), lui, est accessible aux retraités à faible revenu mais s’érode rapidement dès que le revenu net augmente.

La stratégie est claire : alternez retraits CELI et retraits REER/FERR pour maintenir votre calcul du revenu net sous les seuils critiques. Pour les retraités à faible revenu, faire une demande de SRG auprès de Service Canada peut représenter jusqu’à 1 065 $/mois en prestations supplémentaires, une somme que beaucoup ne réclament jamais.

Étape 6: Retirer le fonds de pension / CRI / FRV en dernier

Les rentes issues d’un RPA, d’un CRI ou d’un FRV sont fixes ou encadrées par des règles strictes — vous avez peu de latitude sur le timing ou le montant. Planifiez ces revenus comme une base fixe de votre plan de décaissement, et organisez vos retraits flexibles (REER, CELI, compte non enregistré) en conséquence. Si vous quittez votre emploi avant la retraite et devez gérer un fonds de pension, consultez ce guide de la Banque Nationale sur les options de transfert disponibles.

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Quel est le bon moment pour commencer à retirer son épargne retraite ?

L’ordre des retraits est crucial, mais le timing l’est tout autant. Commencer trop tôt peut déclencher de l’impôt inutile et réduire vos prestations ; attendre trop longtemps peut créer une accumulation dans le FERR qui devient difficile à gérer fiscalement. Voici les moments clés à connaître selon votre situation.

Retirer de l’épargne retraite avant 65 ans n’est pas une erreur en soi — c’est même une stratégie recommandée si votre revenu imposable est faible pendant cette période. Si vous êtes en retraite progressive, en transition de carrière ou en congé prolongé, c’est le moment idéal pour faire des retraits REER à un taux marginal réduit — avant que la RRQ, la PSV et les revenus de placement ne s’accumulent et fassent grimper votre tranche d’imposition.

À noter : avant 65 ans, vous ne pouvez pas encore bénéficier du crédit d’impôt pour revenus de retraite ni fractionner vos revenus de pension avec votre conjoint — deux avantages qui s’activent à 65 ans et qui méritent d’être anticipés dans votre plan.

C’est l’âge optimal pour déclencher plusieurs stratégies en même temps. Vous devenez admissible à la PSV, au crédit d’impôt pour revenus de retraite, et au fractionnement du revenu de pension avec votre conjoint. C’est aussi l’âge à partir duquel il devient pertinent de commencer à retirer progressivement du REER, pour réduire le solde avant la conversion obligatoire en FERR à 71 ans.

Si votre revenu net est bas à 65 ans, vérifiez également votre admissibilité au SRG auprès de Service Canada, certains retraités y ont droit temporairement, avant que d’autres sources de revenu s’activent.

C’est la période la plus stratégique pour retirer épargne retraite de façon fiscalement efficace. Vous avez accès à tous les outils, REER, CELI, compte non enregistré, fractionnement, sans encore être soumis aux retraits minimums obligatoires du FERR. C’est le moment de lisser votre revenu imposable année par année, de maximiser le CELI avec les sommes retirées du REER, et de décider du moment optimal pour réclamer votre RRQ et votre PSV.

Un retrait annuel de 15 000 $ à 20 000 $ du REER pendant cette fenêtre de 6 ans peut réduire votre solde FERR de 90 000 $ à 120 000 $, et économiser des milliers de dollars en impôt sur les retraits minimums futurs.

C’est une échéance légale fixée par l’ARC : votre REER doit être converti en FERR au plus tard le 31 décembre de l’année de vos 71 ans. Dès l’année suivante, des retraits minimums obligatoires s’appliquent — peu importe vos besoins réels. Si vous n’avez pas réduit votre solde REER pendant la fenêtre précédente, ces retraits forcés peuvent faire grimper votre revenu imposable au-delà du seuil PSV de 97 979 $ et déclencher le clawback.

La règle d’or : ne pas attendre 71 ans pour commencer à planifier la conversion. Idéalement, ce plan est en place dès 65 ans avec l’aide d’un planificateur financier accrédité par l’IQPF.


homme qui approche la retraite pense avec stylos et café en main et prend des notes pour mieux retirer son épargne retraite

Comment retirer son REER sans payer trop d’impôt

Le retrait REER est inévitablement imposable, mais plusieurs stratégies permettent de minimiser considérablement la facture fiscale.

C’est la stratégie la plus efficace pour retirer REER avant retraite à moindre coût. Si vous traversez une période de revenu réduit — retraite progressive, sabbatique, transition de carrière, congé — vos retraits REER seront imposés à un taux marginal inférieur. Un retrait de 20 000 $ à un taux marginal de 20 % coûte 4 000 $ en impôt. Le même retrait à 40 % en coûte 8 000 $.

Deux programmes permettent de retirer REER sans impôt immédiat dans des contextes précis. Le RAP (régime d’accession à la propriété) permet de retirer jusqu’à 35 000 $ sans imposition immédiate pour l’achat d’une première propriété, avec remboursement sur 15 ans.

Le REEP (régime d’encouragement à l’éducation permanente) permet de retirer jusqu’à 20 000 $ pour financer un retour aux études, remboursable sur 10 ans. Ces programmes s’inscrivent dans un plan de trésorerie pour la retraite bien structuré.

Si vous avez un conjoint, vous pouvez transférer jusqu’à 50 % de vos revenus de pension admissibles à votre conjoint pour fins fiscales, réduisant ainsi votre revenu imposable individuel et potentiellement votre taux marginal. Cette stratégie est particulièrement efficace lorsque les deux conjoints ont des revenus très différents à la retraite.

Consultez les règles de fractionnement de l’ARC et de Revenu Québec pour valider votre admissibilité. N’oubliez pas non plus de réclamer le crédit d’impôt pour revenus de retraite, un crédit fédéral pouvant représenter jusqu’à 300 $ par année pour les revenus de pension admissibles, souvent oublié lors de la déclaration annuelle.

Trois exemples concrets selon votre situation

La meilleure stratégie pour retirer épargne retraite dépend de votre âge, de vos comptes, de vos sources de revenu et de vos objectifs. Voici trois profils types pour illustrer comment l’ordre des retraits change selon la situation.

Profil 1: Retraite anticipée à 60 ans : Martin, célibataire

Situation : Martin a 60 ans. Il prend sa retraite anticipée suite à une restructuration. Il dispose d’un REER de 350 000 $, d’un CELI de 80 000 $ et n’a aucune rente d’employeur. Il n’a pas encore réclamé sa RRQ.

Stratégie de décaissement :

  • Retirer 20 000 $/an du REER entre 60 et 71 ans pour réduire le solde progressivement et lisser l’impôt
  • Compléter avec 15 000 $/an du CELI pour atteindre 35 000 $/an de revenu net sans dépasser les seuils
  • Retarder la RRQ jusqu’à 65 ans — différence de rente mensuelle : +300 $/mois à vie
  • À 71 ans, son FERR sera d’environ 270 000 $ — retraits minimums de 14 256 $/an, gérables
  • Résultat : Taux d’imposition moyen ~18 %, PSV préservée à 65 ans, capital durable jusqu’à 90 ans.

Profil 2: Couple à revenus mixtes, 65 ans : Hélène et Paul

Situation : Hélène reçoit une rente RPA de 18 000 $/an et une RRQ de 12 000 $/an — revenu fixe total de 30 000 $. Paul a un REER de 400 000 $, un CELI de 60 000 $ et sa RRQ non réclamée. Les deux ont 65 ans.

Stratégie de décaissement :

  • Fractionner le revenu de pension d’Hélène — transférer jusqu’à 50 % à Paul pour équilibrer les revenus imposables
  • Paul retire 15 000 $/an du REER pour lisser l’impôt avant la conversion FERR à 71 ans
  • Paul utilise 10 000 $/an du CELI pour maintenir son revenu net sous 97 979 $
  • Paul retarde sa PSV à 68 ans — augmentation de ~13 % sur la prestation mensuelle
  • Résultat : Économie fiscale estimée à 6 200 $/an grâce au fractionnement et à l’utilisation du CELI. PSV des deux conjoints préservée intégralement.
Retirer son épargne retraite

Profil 3: Retraité à faible revenu, 67 ans : Diane, veuve

Situation : Diane a 67 ans et vit seule. Elle reçoit la RRQ (800 $/mois) et la PSV (728 $/mois) — revenu total de 18 336 $/an. Elle a un CELI de 45 000 $ et un REER de 90 000 $ qu’elle n’a jamais touché.

Stratégie de décaissement :

  • Retirer uniquement du CELI pour compléter son revenu — jusqu’à 8 000 $/an sans impôt
  • Maintenir le REER intact le plus longtemps possible pour éviter d’augmenter le revenu net
  • Faire une demande de SRG auprès de Service Canada — avec un revenu net sous 20 000 $, Diane est admissible à environ 900 $/mois en SRG
  • Commencer à retirer le REER graduellement à 71 ans, lorsque la conversion FERR devient obligatoire
  • Résultat : Revenu mensuel total avec SRG : ~3 228 $/mois (RRQ + PSV + SRG + CELI) — zéro impôt sur les retraits CELI, SRG maximal préservé, capital REER protégé jusqu’à 71 ans.

Foire aux questions (FAQ)

Vous vous posez encore des questions? Voici quelques réponses rapides aux interrogations fréquentes que se posent plusieurs Québécois au moment de retirer son épargne retraite.

Conclusion

Retirer épargne retraite intelligemment, ce n’est pas juste décider quand arrêter de travailler, c’est structurer chaque retrait pour payer le moins d’impôt possible, préserver vos prestations gouvernementales et faire durer votre capital. L’ordre des retraits, le timing de la RRQ et l’utilisation stratégique du CELI peuvent représenter des dizaines de milliers de dollars de différence sur 20 ans de retraite. Consultez un planificateur financier accrédité par l’IQPF pour bâtir une stratégie personnalisée adaptée à votre situation.

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